CAF Argenteuil : le jour où les allocataires ont réouvert la porte

Publié le par réseau solidaire d'allocataires

Argenteuil : la CAF est fermée, la police « accueille » les usagers

  A Argenteuil, l’ouverture de la CAF tend à devenir un évènement exceptionnel : une semaine de fermeture par mois depuis quelques temps, mais aussi pas d’accueil tous les mercredis, et en prime des fermetures inopinées dont peuvent témoigner tous les allocataires.

 

Ce jour-là pourtant, rien ne s’est passé comme d’habitude : les allocataires ont réouvert la CAF.

Lorsque nous sommes arrivés vers 14h, ce lundi 13 octobre 2008, pas de lumière au rez de chaussée : une affiche lapidaire indiquait que la CAF était close jusqu’à lundi prochain.

On ne reprochera pas à la CAF de manquer d’humour (involontaire ?) : la fermeture était destinée à « assurer un traitement plus rapide ».Bien sûr c’est évident quand on ne peut ni déposer un dossier, ni se renseigner sur ses droits ou les faire valoir, ça va beaucoup plus vite…

Nous étions venus pour faire signer notre appel pour la réouverture le mercredi, le voilà transformé en appel pour la réouverture tout court, et il a évidemment du succès.

Nous invitons donc les allocataires à ne pas se contenter de signer (et de râler…), mais à rester sur place pour faire pression.

 

La CAF est recouverte d’affiches, une banderole « Précaires, réouvrons les CAF et les caisses » accrochée sur le fronton. On commence par faire un inventaire des raisons pour lesquelles les gens sont là et dans l’immense majorité des cas , le problème ne peut être résolu avec la borne ou par téléphone. Les conséquences de la fermeture sont toujours graves, et parfois dramatiques.

- Un allocataire a eu toutes les difficultés du monde à faire renouveler sa carte de séjour  : aucun barrage « légal » mais à son antenne préfectorale, c’est la même chose qu’à la CAF : quatre personnes à l’accueil pour en moyenne deux cent usagers par jour. Après des jours de queue, il a le fameux titre, mais ses allocations sont toujours suspendues, et comme l’étranger est toujours suspect, il doit produire l’original à la CAF. Donc au minimum une semaine de plus sans ressources, plus le délai de traitement du dossier.

 

-  Une maman avec son nouveau né hallucine  : elle est venue avant l’accouchement, parce qu’elle ne touche aucune des prestations prévues en cas de grossesse, et qu’on lui redemandait des documents. C’était fermé. Aujourd’hui rebelote. Pour elle le délai d’attente sera encore plus long, puisqu’elle doit impérativement partir en province, pour s’occuper d’un proche gravement malade

 

- Deux personnes assez âgées ont le même problème

 Elles sont locataires d’un hôtel meublé , l’allocation logement n’a pas été versée, leurs revenus ne leur permettent pas de tout payer au propriétaire seules, elles peuvent être expulsées à tout moment

 

-  Un allocataire vient pour déposer des documents , ça peut attendre : mais il reste avec nous, particulièrement remonté de voir la CAF fermée, alors que pour contrôler tout va très vite. Comme beaucoup de retraités étrangers, le versement de sa retraite et des prestations familiales est conditionné à l’obligation de ne pas quitter le territoire plus de quelques semaines par an. Retenu dans son pays d’origine par des problèmes familiaux quelques semaines de plus que ce que la loi lui autorise, la réponse n’a pas tardé : suspension immédiate des prestations, contrôle particulièrement humiliant avec obligation de produire le passeport et épluchage minutieux de tous ses déplacements. Résultats : retenue de 130 euros mensuels sur ses maigres allocations

 

- Un homme n’en peut plus : il a déposé une demande de RMI début juillet, a reçu des attestations indiquant que son dossier est bien complet, mais aucun versement depuis. Il devra encore attendre

 

-  Un couple avec un jeune enfant doit impérativement obtenir une attestation signée pour que l’employeur leur verse une prime spécifique. Ils ont pris un après midi de congé, car malgré leurs nombreuses demandes par courrier et téléphone, ils n’ont rien reçu.

 

-  Une dame est venue avec sa fille pour traduire car elle maitrise mal le français : travailleuse à temps partiel, elle ne comprend pas pourquoi on lui a fait perdre son temps et donné plusieurs rendez-vous pour un dossier de RSA : résultat, elle ne touche rien.

 

En emploi ou pas, à temps plein ou à temps partiel, « étrangers « ou pas, en famille ou seuls, les allocataires ont tous un point commun : les fermetures de la CAF entrainent des conséquences d’autant plus catastrophiques , qu’ils ont tous des revenus modestes.

 

Aujourd’hui, nous n’en sommes pas restés à ce constat : une partie d’entre nous s’est postée à l’entrée « salarié(e)s » : certains signent volontiers l’appel, les salarie(e)es sont très mobilisés sur cette CAF, où les cadences de travail sont devenues carrément infernales depuis la mise en place du RSA, alors qu’elles étaient déjà scandaleuses avant. 

Nous sommes maintenant quelque dizaines : alors pourquoi ne pas entrer ?

  Une fois dedans, finalement, on se demande pourquoi on ne l’avait pas fait avant. Nous voilà au rez de chaussée, au grand étonnement des salarie(e)s présent(e)s , pas du tout hostiles. L’une d’elles va prévenir la direction.

Ca ne tarde pas : une femme particulièrement agressive arrive.

Elle refuse de se présenter, et assume ; elle nous répète que la CAF sera désormais fermée au moins une semaine par mois, que c’est comme ça et pas autrement. Nous n’avons qu’à téléphoner. Le numéro est non seulement totalement inefficace dans la majorité des cas, mais en plus il est payant ? "Rien n’est gratuit " .

Sauf la police ? A la CAF, pas de fric pour assurer l’accueil des usagers, pas d’argent pour assurer un salaire décent aux salarié(e)s ou en embaucher plus, mais par contre on se montre généreux quand il faut payer des matraques.

   Comme les allocataires ne bougent pas d’un pouce malgré les menaces, les policiers débarquent. Personne ne recule ? Ils décident très vite d’utiliser la force et repoussent les allocataires à l’extérieur, et se déploient devant la porte. 

Ils y resteront jusqu’à notre départ, car le rassemblement spontané dure encore une bonne demi heure.

Bien sûr personne n’a réglé son problème, mais tout le monde est assez content de la démonstration de force, et de n’être pour une fois pas venu pour rien.

La CAF réouvre lundi matin prochain : d’habitude, selon les allocataires, après une longue fermeture, c’est toujours l’enfer, vu l’affluence, le temps d’attente est démultiplié, et bien sûr les salarié(e)s ne sont pas en capacité de consacrer beaucoup de temps aux dossiers urgents.

Cette fois, nous ferons tout pour que ce soit différent : café de la Colère dès l’ouverture, et si on est aussi nombreux et déterminés qu’aujourd’hui, la direction devra bien traiter les problèmes elle-même !

D’ailleurs, elle est prévenue, notre venue est annoncée dans le Parisien de ce matin, article ci-dessous

ARGENTEUIL Coup de force contre les fermetures de CAF

LE COLLECTIF RSA (Réseau solidaire d’allocataires) comprenant des travailleurs précaires et des chômeurs s’est rassemblé devant la Caisse d’allocations familiales (CAF) d’Argenteuil hier en début d’après-midi afin de faire signer une pétition. Il exige la réouverture de la CAF d’Argenteuil le mercredi et proteste contre les fermetures de nombreuses CAF. Cette semaine, les antennes d’Argenteuil, de Cergy, de Gonesse et de Sarcelles sont fermées pour assurer le traitement du courrier et résorber les retards de dossiers. Les quelque trente personnes réunies dans l’entrée ont été dispersées dans le calme par les forces de l’ordre.

Une cinquantaine de signatures, dont certaines des agents de la CAF, ont été recueillies. Le collectif s’est d’ores et déjà donné rendez-vous lundi prochain à l’ouverture de la caisse.


Le Parisien édition 95, 14 octobre 2008

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