CAF d'Argenteuil : en 2008, galvanisé par la visite de Martin Hirsch, le directeur part en croisade contre les précaires

Publié le par réseau solidaire d'allocataires

CAF d’Argenteuil : tapis rouge pour le ministre, la porte pour les allocataires.

 

Pour sa visite médiatique de la rentrée 2008, Martin Hirsch, secrétaire d’Etat , instigateur du RSA a choisi Argenteuil : décidément, la commune devient très people et ses pauvres, l’objet de toutes les « attentions  » , Nicolas Sarkozy l’avait aussi choisi comme scène de théâtre personnel pour mettre en scène la "lutte anti racailles" .

A la CAF d’Argenteuil, l’ancien président d’Emmaus appliquera la même méthode que le Président : cordon sanitaire soigneusement préparé, et pas de contact direct avec les allocataires.

 

On aime les pauvres au gouvernement, oui, mais de loin.

 

Martin Hirsch se sera donc entretenu uniquement avec la direction de la CAF qui applique une forme de RSA depuis quelques mois : les salariés qui avaient pourtant beaucoup de choses à dire sur l’expérimentation en cours, qui se traduit par des retards énormes dans le traitement des dossiers, ont été reçus par une obscure conseillère.

Quand aux allocataires, bizarrement, il n’y en a aucune trace dans les articles de journaux.

Lorsque nous nous présentons quelques jours plus tard à la Caisse d’Allocations Familiales, les caméras sont parties, Martin Hirsch aussi, et la lutte anti-pauvres a repris ses droits.

 

  Nous venons en ces premiers jours de septembre 2008, avec une allocataire, mère de famille, seule en France. Son époux résidant au Sénégal et n’ayant aucune ressource, elle a touché l’allocation Parent Isolé . Elle a fourni tous les éléments sur son mariage et c’est légitimement que le minima lui a été versé.

Mais plusieurs années plus tard, la Caf a brusquement décidé que les critères de versement de l’API n’étaient pas remplis, que Madame était une fraudeuse, et qu’elle devait rembourser 8000 euros, à hauteur de 300 euros par mois prélevées sur ses allocations.

Un cas de « fraude »ordinaire donc : on applique a posteriori des critères injustes et arbitraires à une situation et on s’acharne sur la personne.

Après plusieurs mois de lutte, après avoir tenu bon face au mépris de la direction de la CAF, le dossier de la dame est repassé en commission, et son échéancier a été revu à la baisse , divisé par trois. Bien entendu, nous exigeons toujours l’annulation de la dette. D’ailleurs, même si l’allocataire n’avait pas été éligible à l’API, elle remplissait les critères d’attribution du RMI.

Le directeur de la CAF d’Argenteuil a très mal pris les évolutions du dossier, et encore plus la présence régulière d’un collectif de précaires à Argenteuil. Ce monsieur a toujours refusé de nous recevoir et n’a pas supporté que l’action collective finisse par contraindre ses supérieurs de Cergy à se déplacer pour entendre nos arguments.

 

Aussi, s’en est-il pris à l’allocataire, profitant d’une visite de celle-ci, seule, à la CAF pour effectuer des démarches.

 

Elle a eu la surprise de le voir arriver alors qu’elle n’avait rien demandé. Et elle a eu le droit à des menaces de plainte pour « fraude », entre autres considérations sur son culot, son arrogance et ses torts évidents.

Aujourd’hui nous avons à peine le temps de diffuser notre tract aux allocataires que ce même directeur fait irruption dans le hall : il se lance dans un monologue irrité, d’où il ressort qu’il ne nous recevra jamais dans un bureau, qu’il pourrait effectivement porter plainte pour « perturbation du service public « contre le collectif, et qu’il va fermer la CAF et appeler la police.

 

Il n’a même pas encore fini que la grille d’entrée se referme.

 

Les allocataires présents doivent sortir par la porte de derrière. Nous n’avons aucune raison de rester dans les lieux , donc nous sortons avec eux et continuons à diffuser nos journaux et nos tracts.

Très vite, un attroupement se forme : les allocataires ne sont pas très surpris de trouver la CAF fermée aux horaires d’ouverture, c’est apparemment ordinaire. Par contre, le motif ne lasse pas de les surprendre, et beaucoup nous demandent des exemplaires supplémentaires du journal, afin de voir par eux même le contenu hautement subversif et séditieux qui justifie l’évacuation des lieux, malgré l’absence manifeste d’explosifs cachés dans les pages centrales..

Au bout d’un quart d’heure, le directeur revient : devant les grilles toujours fermées, il nous annonce brusquement qu’il va nous recevoir et rouvrir la CAF. Le vaudeville continue, et serait plutôt drôle si le directeur ne faisait pas ainsi perdre leur temps aux allocataires, dont il espérait sûrement qu’ils lynchent les membres du collectif.

 

La grille se réouvre, et le directeur reçoit donc le réseau et l’allocataire concernée.

 

Lors de l’entretien, il retire toute menace de plainte, et n’a pas d’arguments quand nous lui faisons remarquer que la diminution conséquente de l’échéancier de la dette est une forme de reconnaissance des erreurs commises par la CAF. Il refuse cependant de discuter du fond du dossier, qu’il connaît pourtant sur le bout des doigts...

Devant lui, les compte-rendus de nos précédentes actions, imprimés d’après les publications sur internet, dont certains passages ont été surlignés au fluo, semblent l’irriter prodigieusement.

  Au point qu’il en finit par comparer nos divergences d’interprétations du texte régissant l’API à la controverse entre les cathares et l’église catholique, quelques siècles auparavant.

 

Bien évidemment, nous sommes les massacreurs d’hérétiques et lui le vaillant cathare.

 

La visite de Martin Hirsch et la chaleur semblent lui avoir un peu chamboulé l’esprit, et nous finissons là l’entretien, un peu inquiets.D’ici à ce qu’il brandisse son coupe-papier, et nous saute dessus, parce qu’il entend la voix de l’abbé Pierre qui lui ordonne d’en finir avec les mécréants…

Les membres du collectif restés à l’extérieur, sont eux assez intrigués par deux individus postés depuis un bon quart d’heure au coin du bâtiment et qui observent la diffusion du journal

 

Des précaires angoissés qui se motivent pour aller demander l’annulation d’un trop perçu ?

 

L’un d’eux finit par prendre son courage à deux mains et nous demande le tract et le journal. Comme nous ne lui coupons pas immédiatement la tête, il s’enhardit et nous indique qu’il est en fait de la Préfecture de Police. En fait, il vient s’enquérir de nos vélléités d’implantations sur Argenteuil...

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