CAF d’Argenteuil : une permanence de précaires en 2008

Publié le par réseau solidaire d'allocataires

 

A l'automne 2008, des précaires franciliens du Réseau Solidaire d'Allocataires décident de tenir une permanence devant la CAF d’Argenteuil tous les premiers mercredis du mois.

Mais à l'époque, la priorité gouvernementale, celle à laquelle on est prêts à consacrer des dizaines de milliards d’euros, c’est le sauvetage des banques, pas celui des usagers de la CAF. Donc, le personnel manque, et tous les effectifs sont prioritairement affectés au contrôle.


Pour rattraper les retards, beaucoup de CAF ferment donc une journée par semaine voire parfois quelques jours à l’improviste plutôt que d’engager des agents supplémentaires.

Argenteuil avait, en cette fin d'année 2008, choisi le mercredi : la marque de l’intérêt que la direction de la CAF porte aux familles, et notamment aux innombrables parents isolés, allocataires de l’API qui bossent souvent à temps partiel et n’ont que ce jour-là pour profiter un peu des gosses ET résoudre leurs problèmes avec l’administration.

Malgré cette fermeture, le mercredi 1er octobre 2008, nous nous sommes installés tranquillement, pensant que beaucoup d’allocataires allaient commettre la même erreur que nous. Et nous ne nous sommes pas trompés.

 

Les allocataires n'ont pas tardé à se présenter devant cette porte close, surpris de cette fermeture un jour de pointe. Pour couronner le tout, la borne extérieure, celle d’où l’on peut actualiser ou consulter son dossier, était en panne. Qu’à cela ne tienne ! Les allocataires ne seront pas venus pour rien et nous non plus. Nous offrons, à ceux qui le souhaitent, un café et un exemplaire du journal du Réseau Solidaire d’Allocataires, Le beurre et l’argent du beurre. Beaucoup de gens ont des problèmes et/ou ne comprennent pas la raison d’un refus de versement ou d’attributions d’une allocation. Manifestement, ce n’est plus la CAF qui va nous aider à comprendre et résoudre nos problèmes, autant commencer à le faire nous-même.

 

Un petit groupe de discussion se forme :  

- une femme qui vient de sortir du RSA en juin, n’a plus le droit au RMI ; elle n’a pas fait assez d’heures pour toucher les ASSEDIC, et aurait dû percevoir le RMI. Depuis plusieurs mois, elle ne perçoit rien et sa situation est incompréhensible : l’expérimentation du RSA est passée par là, tant pis pour les cobayes sacrifiés sur l’autel de l’ « incitation à la reprise d’activité » Elle devait également percevoir une allocation pour sa fille handicapée. L’allocation a été versée un mois puis les versements se sont arrêtés sans aucune explication.

- Une autre personne se voit refuser le RMI, après avoir essuyé un refus d’API à son arrivée en France métropolitaine en 2005. Elle vit sur le territoire français depuis 2001(DOM-TOM). Avec ses deux enfants, elle tente chaque jour de trouver de quoi subsister sans comprendre les raisons de la CAF concernant ce refus.

D’autres personnes se succéderont avec des problèmes plus ou moins similaires :

- une personne à qui la CAF a suspendu le RMI sans explication ;  

- une autre à qui l’aide pour la garderie est supprimée : en effet, la CAF estime qu’étant en création d’entreprise, l’allocataire peut garder ses enfants durant son temps de travail, puisque celui-ci se fait, en partie, au domicile. Chacun le sait, quand on bosse à la maison, comme par miracle, une nouvelle paire de bras nous pousse et l’on peut à la fois taper à l’ordinateur, répondre au téléphone, et donner le biberon tout en jouant au foot avec l’ainé.

A vue de nez, le retard des dossiers semble tel que la direction de la CAF fait peu de cas des dossiers où il est besoin d’une interprétation du règlement ou plus simplement d’un examen approfondi de la situation d’un allocataire.

Dans ce cas, la CAF prend l’option de facilité : suspendre l’allocation. Les allocataires qui viennent se plaindre au guichet n’ont jamais l’explication de leur problème, les guichetiers n’ayant qu’un temps limité pour examiner une situation.

 

On commence à échanger nos contacts, des conseils, et à prévoir de futures visites collectives, bref on ébauche un début de service public et collectif entre allocataires.

Ce que nous ne savions pas, c’est que nous étions observés par le directeur de la CAF, qui s’inquiètait manifestement de cet accueil auto organisé, et de ces précaires qui ne se contentaient pas de rentrer chez eux en râlant.

Le voilà par miracle préoccupé par la borne qui ne fonctionne pas. Il est descendu lui-même de son bureau voir ce qui pouvait bien clocher dans cette machine. Bien entendu, nous l’interpellons durant son exercice de réparation .Sans doute avait-il prévu ensuite d’aller changer les ampoules défectueuses ou de passer la serpillière dans les locaux ; cette polyvalence est louable en ces temps de compression du personnel.

Quelques minutes plus tard, il sera rejoint par une adjointe.

Nous discutons un peu avec lui. Ce monsieur semble adepte du dialogue social, et nous répète en gros les mêmes choses que l’on nous rabâche sans arrêt et dont l’intérêt limité nous fait tendre une oreille polie mais distraite.

Lorsque l’on en vient aux problèmes concrets, notamment celui d’une allocataire avec laquelle nous intervenons collectivement à la CAF depuis plusieurs mois suite à un trop perçu de plusieurs milliers d’euros, sa réponse est bien différente que celle de l’interlocuteur précédent, lors de notre dernière visite. En effet, il daigne concevoir que Madame A. aurait dû, en cas de refus de l’API, percevoir le RMI.

Quand Mme A. lui signale que son assistante sociale et 6 interlocuteurs de la CAF lui avaient confirmé son droit à l’API que la CAF lui avait d’ailleurs accordée, l’adjointe semble indignée que l’assistante sociale ait pu faire une telle "erreur". Elle prend son numéro de téléphone, nous promettant de l’appeler pour lui expliquer les règles en vigueur. Sauf que, comme nous le lui signalons une nouvelle fois, la règle qu’ils appliquent est sujette, ailleurs, à une tout autre interprétation. Il est donc tout à fait logique, face à un flou juridique, que l’assistante sociale l’interprète en faveur d’un allocataire… tout comme pourrait le faire la CAF du Val d’Oise !

 

En tout cas, malgré la fermeture, la CAF a finalement été ouverte pendant le temps de notre Café de la Colère : et même plus ouverte que d’habitude, puisque c’est la direction qui s’est retrouvée contrainte de répondre à des allocataires !

Une fois n’est pas coutume ? Et pourquoi pas ?


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