Votre dossier est bloqué ? Offrez un café solidaire dans une CAF, ça fait venir les responsables ...

Publié le par coordination-precaf-rsa-95.over-blog.com

Après le refus d’un responsable de la CAF d’Argenteuil de recevoir accompagnée une allocataire sommée de rembourser deux ans d’allocation, le 8 août 2008, le réseau solidaire d’allocataires revenait avec son arme la plus redoutable : la distribution de café. Et café des coupables rime avec arrivée des responsables !

 

Au départ, ils étaient juste venus pour distribuer le journal du réseau solidaire d’allocataires Le Beurre et l’Argent du Beurre N°0, rencontrer d’autres précaires, diffuser des infos.
Une allocataire, Mme L, leur avait alors indiqué qu’elle avait plusieurs milliers d’euros à rembourser sur l’API. [1]

Lors du premier retour du collectif RSA, les agents avaient un tout petit peu débroussaillé le dossier. Pourtant, certains ont oublié ceci : ce n’est pas parce que la CAF estime les déclarations d'allocataires incorrectes, qu’il y a fraude.

 

Cette visite collective n’ayant pas suffi, ils étaient revenus une 2e fois. Le responsable étant toujours absent, les précaires du Réseau Solidaire d'Allocataire lui avaient donc laissé un second message. Cette détermination commençant cependant à payer, ils obtenaient un rendez-vous. ILS? Quel vilain mot ! Surtout pas de précaires organisés ou accompagnés. Devant le refus du responsable à recevoir la personne concernée autrement que seule, celle-ci n'avait pas cédé (voir La CAF d’Argenteuil n’aime les précaires que vraiment isolés !)

 

Pour la énième fois (quand on aime, on ne compte pas !), retour à la CAF d’Argenteuil. Mais cette fois bien décidé à faire respecter le droit à l’accompagnement et à avoir une explication avec les responsables.

Le RSA a décidé d’offrir le café à l’intérieur de la CAF. Le résultat ne s'est pas fait attendre : la responsable présente sur les lieux est venue à sa rencontre. Furieuse, elle leur a donné l'ordre de partir immédiatement. Les membres du Réseau Solidaire d'Allocataires ont alors insisté pour être reçus par quelqu’un de compétent, à même de trouver une solution au problème de Madame L. La responsable énervée est repartie dans son bureau sans autres propos que des menaces d’évacuation.

Le café et les textes se distribuent, les conversations s’engagent.

Comme le trop-perçu engendre des retenues sur toutes les allocations, Madame L. a pris un ticket pour savoir si elle pourra payer la baby sitter, et si on va lui reverser les allocations prévues pour. Elle est reçue au guichet par un agent qui nous explique qu’il y a encore quelques mois, il leur était possible de valider un versement directement, mais qu’à présent, les agents CAF doivent se contenter de mettre une note dans le dossier, et que c’est le service comptable, bien à l’abri des usagers, qui valide ou non. Délai d’attente rallongé, voire refus pour les allocataires, frustration et perte d’autonomie pour les agents.

La directrice revient au pas de charge, somme l’agent de ne pas parler aux précaires du Réseau et les invite à ne pas bouger : quelqu’un de la direction de Cergy va arriver. Ils n’avaient de toute façon pas l’intention de bouger, en tout cas pas avant d’avoir obtenu des avancées.

Malgré l’autoritarisme visible de la direction, l’ambiance de cette CAF est plutôt conviviale. Autour du café, beaucoup de problèmes et d’incompréhensions sont exposés, beaucoup d’allocataires demandent des explications sur leur situation et leurs droits, mais les sous-effectifs et la volonté de productivité de la CAF ne permettent pas toujours aux agents de prendre le temps qu’il faudrait pour répondre à toutes les questions.

C’est Mr. Chauvet, Directeur des Ressources Humaines de la CAF du Val d’Oise, de la direction de Cergy, qui recevra le Réseau Solidaire d'Allocataire, ainsi que Mme Boursier, directrice des prestations au niveau départemental et la responsable adjointe du site.

 

La présence d’un DRH en dit long sur les problèmes de cette CAF, tant pour ceux des allocataires que ceux des salariés, qui sont particulièrement mobilisés dans le département, notamment en raison de la baisse du nombre d’agents, de la modification si ce n’est la suppression de certaines fonctions, comme les travailleurs sociaux ( voir à ce sujet le blog http://travailleurs-sociaux-caf-cgt.over-blog.com/

Dans le bureau où Madame L. et un précaire solidaire sont reçus, il tente vainement d'expliquer qu’il ne fonctionne pas sous la pression, que la personne qui accompagne Mme L doit rester uniquement en observatrice et muette comme une tombe.

Et si ce monsieur dit ne pas fonctionner sous la pression, lui tente néanmoins de l’utiliser. Il signale à Madame L. que la présence du collectif est un mauvais point pour elle, que bien entendu, cela va la desservir. Ce discours que l’on sert à chaque fois, et qui s’apparente à une forme de menace n’a bien entendu jamais de prise, et l’expérience montre à tous que c’est bien l’inverse qui se produit.

La détermination commence à payer !

M. Chauvet semble en proie à une subite paranoïa lorsqu'on lui demande qui il est et quelles sont ses fonctions. Il ne lui semble pas logique que le collectif veuille savoir à qui il a à faire.

A plusieurs reprises lors de ses interventions, des sous-entendus politiques apparaîtront dans ses propos :  références à la Pravda et refus d'avoir à travailler sous la surveillance d’un commissaire politique...

Non seulement ces sous-entendus politiques sont ridicules et déplacés, mais de plus, si des précaires décident de se défendre collectivement contre l’arbitraire et les contrôles de la CAF, c’est bien par nécessité. Depuis des mois Madame L. tente d’obtenir des explications et d’être reçue sans succès et ce n’est que maintenant, avec la présence du collectif, que la CAF daigne la recevoir. Simple hasard, sans doute ?

 

Lorsque nous lui rappelons la mobilisation actuelle des agents CAF du Val d’Oise en lutte pour réclamer des effectifs et des conditions de travail leur permettant de recevoir correctement les allocataires, il nous signale qu’il s’agit là de propos politiques. Amusant : plus tard il se plaindra justement du manque d’effectif pour effectuer les contrôles de la CAF ! Pauvres contrôleurs surmenés!

Par contre, toutes défenses collectives et toutes revendications pour de meilleures conditions de travail ou de traitements des allocataires semble pour lui relever d’une forme de totalitarisme inconcevable !

 

Sur le problème en soi enfin abordé de manière sérieuse, la CAF ne retrouve pas les documents qu’avait fourni Madame L, en particulier les attestations sur l’honneur remises régulièrement à la CAF. Le fond du problème c’est que Madame L est mariée. Selon la CAF du Val d’Oise, même séparée géographiquement, sans ressource et ne partageant pas de bien commun avec son conjoint, une personne ne peut prétendre à l’API. Lorsque le collectif lui signale qu’un problème similaire a connu une interprétation contraire à la leur, à la CAF de Nanterre suite à une action d’AC !, la seule réponse qu’ils lui opposent est que ce n’est pas l’interprétation des CAF du Val d’Oise ! Une interprétation toute subjective faite comme par hasard au détriment des allocataires et variable selon les départements !

Une certaine gêne transparaît dans les propos de Mr. Chauvet. En tant que DRH, il connaît mal la réglementation de la CAF.

Après étude du dossier de Madame L., nos interlocuteurs décident, face aux nouveaux éléments qu’elle a enfin pu faire valoir de la refaire passer devant une commission.

 

Cette avancée réelle et impossible à obtenir de manière isolée, n'a pas empêché le collectif de revenir et poursuivre les cafés des coupables, auxquels auraient pu se joindre les agents en lutte de la CAF d’Argenteuil, eux aussi coupables de ne pas être assez productifs, et de ne pas traiter avec la rigueur nécessaires tous ces assistés qui n’ont rien de mieux à faire que la queue à la CAF (assistés qui cependant à eux tous, touchent bien moins d’argent que ce qui est accordé en exonération de cotisations sociales et en aides financières aux employeurs)…

 

La solidarité est plus que jamais notre meilleure arme, face à la disparition de certains droits ou à leur territorialisation (le fait que les droits sont différents s’une zone à l’autre, comme par exemple avec le revenu de solidarité active)


Allocataires de la CAF du Val d’Oise ou d’ailleurs, agents en lutte, n’hésitez pas à nous contacter pour échanger, faire partager vos informations, expériences et mobilisations, nous envoyer un témoignage, un point de vue.

 

 

[1] Venue en France alors que son mari était à l’étranger (mais toujours en contact, notamment lors de séjour de Madame dans le pays d’origine), on lui indique à la CAF qu’étant enceinte et "isolée" sur le territoire, elle a droit à l’API. On lui demande à l’époque, et de manière régulière, une attestation sur l’honneur que son mari est à l’étranger et ne l’aide pas financièrement.

Son mari obtient finalement l’autorisation de venir en France par regroupement familial, et alors qu’elle ne perçoit plus l’API elle déclare l’arrivée de son mari à la CAF.
C’est alors que la CAF réexamine le dossier et décide, a posteriori, que finalement la « séparation géographique » n’est pas une « séparation de fait », constitutive de la situation d’isolement qui est un des critères du versement de l’API. Mme L se voit donc exiger le remboursement de plus de 7000 euros !

Publié dans CAF Argenteuil

Commenter cet article